Chansons bretonnes sur imprimés populaires
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Auteur : Le Scour (Jean-Pierre-Marie)

Référence : A-00497
Nom : LE SCOUR
Prénom : Jean-Pierre-Marie
Variantes de nom : Ar Skour (Yann-Bêr-Vari), Barz Itron Varia Remengol, Cloarec Remengol

Liste des chants pour cet auteur : (29 chants)

Notice du catalogue Ollivier

Lescour (Jean-Pierre-Marie), en breton Ar Skour. Pseudonyme : Barz Itron-Varia Remengol. Né à Hanvec (Fin.) le 2 mars 1814, fils de Jean Le Scour, propriétaire et de Marie-Anne Laurent.
Après des études classiques commencées assez tardivement et faites soit au petit séminaire de Pont-Croix, soit au collège de Saint-Pol-de-Léon, Lescour entra au Grand Séminaire de Quimper. Il y passa au moins deux ans : il reçut la tonsure le 30 juillet 1836 et les ordres mineurs le 22 juillet 1837. C’est pendant son séjour au Grand Séminaire (1) qu’il composa les deux cantiques (n°s 229, 238 A-B) que j’ai attribués à tort à un abbé Lescour qui n’est autre que notre futur barde (v. le nom précédent). J’ignore ce que fit Lescour quand il quitta le séminaire. Probablement il alla à Brest se créer une situation, puisque c’est de cette ville que Jaffrennou (2) le fait venir quand Lescour acheta une charge de greffe à Morlaix.
Il était depuis trois ou quatre ans greffier auprès du Tribunal Civil de Morlaix quand, le 31 décembre 1844, il épousa Mlle Angéline Boulineau, fille d’un négociant en vins et brasseur de cette ville (paroisse de Saint-Martin). Il céda alors sa charge de greffier et prit la suite du commerce de son beau-père. Il a été juge au tribunal de commerce de Morlaix.
Les déplacements qu’il faisait, dans le Finistère et les Côtes-du-Nord, pour vendre ses vins, le mirent en relations assez suivies avec les bardes lettrés. Lescour fut secourable à quelques-uns d’entre eux qui n’étaient pas fortunés, et il lui arriva fréquemment de publier à ses frais leurs gwerziou, surtout quand celles-ci étaient consacrées à Notre-Dame de Rumengol, pour laquelle il avait une véritable dévotion.
Dans les dernières années de sa vie, il songea à réunir en volumes la plus grande partie des poésies bretonnes qu’il avait composées ou publiées. Deux recueils ont paru : Telenn Remengol (Brest, J.-B. Lefournier, 1867; in-12, 179 p. et 10 p. d’airs notés par P. Thielemans), que préfaça son ami J.-M. Le Jean (Kloarek Koat-ann-Noz); Telenn Gwengam (Brest, U. Piriou, 1869; in-12, xj-XII-346 et 12 p. d’airs notés par P. ThielemanS). Au nombre des pièces qu’il n’y a pas insérées, se trouvent certaines qui ont trait à sa querelle avec l’abbé Queynec, recteur du Ponthou : la raison en est, sans aucun doute, la lettre que lui écrivit l’abbé Chatton à propos de ces pièces, et que cite Jaffrennou dans son article (v. note du n° 619).
A. Le Braz (Au Pays des Pardons, édit. 1900, p. 140-141) soulève un problème qu’il nous est bien difficile de résoudre, quand il fait dire à Yann ar Minouz (3) qu’il rencontre au pardon de Rumengol, à propos de Lescour : « De méchantes langues, il est vrai, ont prétendu que ses meilleures pièces n’étaient pas de lui, que d’autres y avaient mis leur talent et qu’il n’avait eu la peine que d’y mettre son nom. Il y a beaucoup d’exagération clans ces racontars. Je dois dire toutefois que Plac’hik Eusse — le morceau le plus achevé incontestablement de sa Telenn Remengal — est une très ancienne gwerz qu’il s’est appropriée et dont il s’est contenté d’épurer la forme. Enfant, je l’ai entendu chanter à mon père. Il la fredonnait, en poussant la navette, et cela sur un air si lent et si triste qu’il nous faisait pleurer tous. »
Je ne sais jusqu’à quel point ces « méchantes langues » avaient raison ou non. Il n’est pas cependant inutile de faire remarquer qu’avec le temps on est arrivé à lui attribuer des chansons qui ne sont pas de lui, parce qu’elles étaient imprimées sur feuilles volantes en même temps que d’autres signées de son nom. J’ai signalé le fait pour Intaon al lochenn (v. note du n° 794 A). Peut-être en faut-il dire autant pour Ar Gwennili. Quant à Gwerz ar Roue Gralon ha kear Is (qui est d’O. Souvestre), on la trouve encadrée d’un texte en prose et d’une Pedenn (2 c. de 4 v. de 8 p.), qui tous deux se retrouvent dans Telenn Remengol.
Le 14 août 1869, Lescour adressait aux principaux écrivains bretons un appel qu’il signait avec J.-M. Le Jean, G. Milin, Luzel et P. Proux. Il leur demandait de se réunir le 31 août à Morlaix, en vue de fonder une société qui prendrait la dénomination de Breuriez Breiz-Izell. La réunion eut lieu à la date indiquée et malgré le petit nombre des membres présents — sept seulement — la société fut créée, les statuts votés et le bureau désigné. Lescour en devenait le président. Dans les derniers jours de décembre, paraissait un bulletin imprimé chez A. Lédan fils, à Morlaix (in-80, 63 p.) : ce fut le premier et le dernier. La société ne donna plus signe de vie.
D’aucuns ont expliqué l’insuccès de cette Breuriez par la mort de Lescour survenue un an après. Ce n’est pas, je crois, la véritable raison. Il y en a même plusieurs : l’esprit dans lequel elle avait été créée, les rivalités qui mettaient aux prises les adversaires et les partisans de La Villemarqué, et enfin la tournure que voulait lui donner Lescour.
A une date que j’ignore (4), avait été fondée une Breuriez Breiz, dont le « penn-sturier » ou président était La Villemarqué. La seule façon dont cette société manifestait son existence consistait à décerner à quelque barde un diplôme signé du président (Kermarker) et de T. R. eil-sturier, que je n’ai pu identifier. C’est ainsi que Luzel reçut son diplôme avec le nom de Barz Breiz. Jamais de réunion de la Breuriez. Par contre, le président, « arc’hkelenner ar iez » régentait d’une façon plus ou moins occulte les lettres bretonnes (on faisait le silence sur telle oeuvre, ou ou n’en parlait que quelques années après qu’elle avait paru, etc.). Certains considéraient la chose comme abusive. Au nombre de ces mécontents se trouvaient Luzel et P. Proux : on peut s’en rendre compte par leurs lettres pleines de critiques et d’allusions à l’égard de l’Archibarde, comme ils désignaient entre eux La Villemarqué. D’autres se contentaient de murmurer in petto.
A la suite de sa brouille avec l’auteur du Barzaz-Breiz, vers 1863-1864, Luzel chercha le moyen de déposséder celui-ci de l’autorité et de l’influence qu’il exerçait. C’est ainsi qu’il songea à une Breuriez nouvelle, plus agissante que celle existant, ayant des « réunions périodiques pour discuter paisiblement, en famille, et fixer quelques points controversés de grammaire, d’orthographe et de ponctuation, aujourd’hui livrés à l’arbitraire et au caprice de l’écrivain ». Ce projet — d’une « Académie bretonne » avant la lettre — qu’il traçait ainsi en 1866, il crut qu’il allait le voir se réaliser en 1869. Le contentement qu’il manifesta, après la constitution de la société, surtout parce qu’il avait réussi à écarter La Villemarqué et sa « coterie malsaine qui gâte tout ce qu’elle touche », ne fut pas de longue durée. Le bulletin paru, Luzel se montra peu satisfait : Lescour de sa propre initiative avait modifié quelques-uns des articles des statuts votés, inséré dans ce bulletin « des pièces à son éloge, de sorte que la Breuriez, jusqu’ici, pourrait fort bien s’appeler breuriez ar skour », et enfin, « sur la couverture, ajouté : Société de Bardes bretons! — ô Bardisme !! » Le 18 janvier 1870, il écrit à D’Arbois de Jubainville : « C’est encore une affaire manquée, je le crains bien, ou tout au moins, à réorganiser ». Dès lors, il se désintéressa de la Breuriez.
D’autre part, des adhérents de la première heure et d’autres, tous dévoués à La Villemarqué et qui auraient voulu qu’il en devînt le président à vie, boudèrent la Breuriez en apprenant par des indiscrétions que, dans l’esprit de quelques promoteurs, — Luzel était surtout visé, — elle était destinée à combattre l’auteur du Barzaz-Breiz et son influence.
Dans de pareilles conditions, il était bien difficile que la Breuriez Breiz-lzell durât longtemps. De nom elle vécut tant que vécut Lescour, de fait elle était morte à peine fondée.
Lescour mourut à Morlaix le 19 août 1870. Sa mort passa inaperçue. Ni Luzel ni La Villemarqué ne lui consacrèrent la moindre notice. Seul J.-M. Le Jean, l’ami fidèle et reconnaissant, lui rendit hommage, en composant à sa mémoire une Elégie que publia, sans plus, la Revue de Bretagne (septembre 1870).
A consulter : Comptes rendus de Telenn Remengol par Mauriès (L’Océan, de Brest, 8 nov. 1867 et suiv.; tirage à part : Brest, Lefournier, 1867; in-12, 23 p.); — par Fanch Ar Moal (F.-M. Luzel) (Le Publicateur du Finistère, 23 novembre 1867); — par H. de la Villemarqué (Rev. de Bref., janvier 1868); — par G. Milin (Saint-Brieuc, F. Guyon, 1868; in-12, 16 p.).
C. r. de Telenn GIvengam par H. Le Gouvello (Rev. de Brel., mars 1870).
F. Jaffrennou, P. Proux (Keraez, Moullerez « Ar Bobl », 1913; in-12); — F. Jaffrennou a publié des lettres adressées à Lescour par O. Souêtre, dit Souvestre (Le Consortium breton, année 1928); par G. Milin, J.-M. Le Jean, l’abbé Hingant, l’abbé P. Herpin, Luzel, La Villemarqué (An Oaled, années 1931 et 1932).
V. n°s 13, 24 A-B, 26, 47, 72 A-B, 112, 117 A-B, 119, 208, 608 A-B, 619, 641 A-B, 788, 848 A-C, 1078. — On lui attribue à tort n° 794 A-E (voir note n° 794 A). — Egalement de Lescour n°s 229, 238 A-B (voir abbé Lescour).

(1) Une vingtaine d’annes plus tard, un des séminaristes de son cours, l’abbé J. Guéguennou, deviendra recteur de Saint-Martin de Morlaix (10 septembre 1857), et ainsi le recteur de Lescour. Avant sonmariage, Lescour demeurait Morlaix, du côté du Pouliet, près de la route de Plourin, c’est-à-dire non loin du Tribunal.

(2) Le Consortium breton, février 1928, p. 124.

(3) Ces propos me semblent plutôt l’écho de conversations entre Luzel et Le Braz.

(4) Voici les seuls renseignements que j’ai trouvés sur la Breuriez Breiz. Ils sont extraits d’une lettre de Luzel à Gaidoz (2 janvier 1870) : « Fondée il y a près de 30 ans, sous la présidence de Mr De Lavillemarqué, mais qui ne s’est jamais réunie qu’une seule fois, à Lannion, encore le Président n’y était-il pas. » — 30 ans, dit Luzel. Il doit y avoir là une erreur de sa part. C’est, à mon avis, après l’édition de 1845, que La Villemarqué acquit sa renommée auprès des lettrés bretons.
[Ollivier, La chanson populaire bretonne sur Feuilles Volantes, p. 321-326.]

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